Eye contact

Après quelques semaines à Tokyo, on a eu l’occasion de marcher dans la rue et de croiser une bonne dizaine de milliers de personnes au bas mot. De jour, de nuit, dans les quartiers chauds, les parcs, les quartiers résidentiels… les occasions ont été nombreuses et variées !

Sur ces dizaines de milliers de rencontres, je pense pouvoir dénombrer moins de 100 contacts visuels, dont environ 86 non japonais… Wouah ! Ca fait quand même presque 14 japonais-e-s dont j’ai croisé le regard un peu plus qu’un dixième de seconde !

J’ai essayé de me renseigner sur le « pourquoi ? ». Ca vous intéresse ? Et bien, je n’ai pas de réponse moi-même, du coup, je vous invite à faire les mêmes recherches sur les différences culturelles entre le Japon et la France (ou l’occident de façon plus large peut-être) ici, ou peut-être. Bref, ce n’est pas l’objet de l’article…

Et alors ?

Ben ça me pose un problème de ne pas croiser le regard des gens (Guilhem s’en fiche), et c’est ce pourquoi-là que j’avais envie de partager !

Ça bouleverse mes habitudes…

A la maison, je croise le regard des gens, ça donne l’impression d’exister parmi une foule. Même une relation infime, par contact visuel, rend tangible l’existence. Alors, s’il n’y a pas ça du tout, c’est hyper troublant !

Ca restreint mon imagination !

Et bien oui, j’aime bien m’imaginer la vie des autres, les interactions qui pourraient exister entre nous, me dire que peut-être on s’est déjà croisé ou qu’on se recroisera… Vous me direz : « tu peux bien t’imaginer la vie des gens sans les avoir regardé-e-s dans les yeux ». Oui… mais non. Il manque quelque chose, ça restera très extérieur, et puis, si je ne croise pas le regard des gens, ça met une énorme barrière, et si j’imagine qui ils ou elles sont, j’ai l’impression de m’immiscer sans autorisation. Le regard est une porte plus ou moins ouverte et ici, dans la rue, quasiment toutes les portes sont fermées, verrouillées à triple tour. C’est frustrant.

Et puis c’est aussi rigolo de regarder les regards des un-e-s sur les autres. Mais là, en plus de ne pas croiser le regard des autres, je ne surprends que très rarement des regards véhiculant des émotions entre les gens. Evidemment, les gens se regardent, mais ça reste très fonctionnel et je ne le perçoit pas comme un moyen d’échanger de la même manière que ça peut l’être pour moi. C’est comme si le regard n’était pas un langage du quotidien, seulement réservé pour des occasions très spéciales ou intimes (que du coup je ne connais pas, les mondes du travail et de l’amour étant totalement inconnus pour nous, peut-être que c’est là que ça se passe). Ou alors, c’est tellement subtile que je ne capte même pas qu’il se passe quelque chose…

C’est triste.

Chacun dans son coin, dans la rue, il n’y a pas d’échange… Il n’y a pas d’opportunité de rencontrer les gens dans la rue. Enfin, en ce qui me concerne, je ne peux pas aborder quelqu’un-e sans avoir préalablement commencé la discussion par contact visuel.

Par exemple, vous imaginez le nombre de films romantiques occidentaux qui se basent sur le « love at first sight » dont le scénario est juste impossible ici ? A commencer par cette pub crocodile. C’est tout un champs des possibles qui se ferme !

Est-ce que les japonais-es trouvent ça romantique ?

Ca renforce le complexe de l’occidental-e.

(dont je reparlerai dans un autre article « Psychologie », voire deux)

D’abord, je me dis que si les gens ne me regardent pas, c’est sûrement parce que je suis moche et vulgaire selon eux, et qu’il ne vaudrait mieux pas croiser le regard de quelqu’un d’aussi détestable…

Et ensuite, comme je ne peux pas m’empêcher de chercher le contact visuel, et que par ailleurs, je suis quand même un tout petit peu sensible sur le fait que cela puisse mettre les gens d’ici mal à l’aise, et ben je suis encore plus mal à l’aise, en me disant que vraiment, je ne suis pas capable de percevoir la finesse de se comportement et de respecter les codes locaux (et est-ce que j’ai jamais eu envie de suivre les codes d’abord ?)

Et quand ça arrive, ça fait quoi ?

Je l’ai dit au début, le contact visuel a quand même été établi quelques rares fois : wouahhh ! Alors là ça dépote ! A peu près un million de choses se passent. Et puis, quand dans d’autres situations, comme une soirée salsa par exemple, un japonais soutient un regard droit dans les yeux, c’est trop bizarre !

Et vous, qu’est-ce que ça représente le contact visuel ?

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